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Je détourne ces vers de Paul Eluard, dans un modeste hommage à un ami artiste-photographe dont le travail me passionne et me touche: Baptiste Llobell, alias Beuleu (voici son site web)
J’espère que l’allusion lui plaira, lui qui aime tant le surréalisme et dont les images sont de véritables métaphores poétiques.
Et je le laisse se présenter dans un court autoportrait, car il le fera avec beaucoup plus d’esprit et d’imagination que moi….
Qui es-tu Beuleu? Tu as carte blanche pour te présenter dans un autoportrait, raconte-nous tout…ou presque
Je dirais que Beuleu est un « artiste en construction ». C’est un peu prétentieux de commencer comme ça en utilisant le mot « artiste » non ? Mais en même temps c’est le mot approprié me semble t-il car je ne suis ni photographe, ni professionnel de l’image.
« En construction » parce que je débute dans cet exercice qu’est le photomontage et aussi parce que je pense que les images que je crée sont le point de départ d’une nouvelle évolution personnelle.
Pourquoi « Beuleu »? C’est un mélange d’adulte et d’enfant. « Adulte » car BL sont mes initiales qui me servent dans la vie et mon travail de tous les jours et « enfant » parce que la prononciation première de BL c’est « Beu-Leu ». Aujourd’hui j’utilise Baptiste Llobell même si j’hésite encore entre devenir adulte ou bien rester un grand enfant dans l’âme et dans mes images. Preuve encore que je suis en « construction ».
En parlant d’autoportrait, on voit beaucoup de self dans tes images. Des mises en scène de toi que je trouve très réussies car elles ne sont ni « Mennen » ni « Mister Bean »… Ce n’est pas un exercice trop périlleux?
Merci pour l’appréciation. Pour tout dire, je ne crois pas être suffisamment sculptural pour faire du « Mennen » ni suffisamment atypique pour faire du Mister Bean burlesque. Pour autant j’assume mon cote ordinaire.
Dans les autoportraits, j’essaye de raconter une histoire, de mettre le spectateur devant une situation face a laquelle il pourrait se dire: « ah ouais, moi aussi j’ai vécu ça comme ça! » (Je pense notamment à l’image « gonflé a bloc pour débuter la semaine…« ).
Finalement le personnage physique n’est pas la clef de voûte de l’image.
Le côté périlleux tient dans le fait d’accepter de se voir soi-même en photo, mais on finit par s’habituer je crois.
Pourquoi toujours du « self » en photo? Par facilité technique je suppose et aussi tout simplement parce que je n’ai jamais essayé de photographier quelqu’un d’autre à ma place… mais j’espère pouvoir le faire un jour.
L’introduction du strobism dans tes photos : Depuis quand ? Et pourquoi ?
A vrai dire, je découvre le terme « strobism » en même temps que je lis la question.
Merci d’en avoir donné la définition dans une des rubriques de votre blog, sans quoi j’aurais été perdu.
Comme bon nombre de photographes j’ai rapidement noté les ombres disgracieuses liées à l’utilisation du flash interne de l’APN et j’ai donc tout aussi rapidement décidé d’acheter mon flash extérieur.
Les premières utilisations étaient toutes simples: orientation du flash sur le mur de gauche, de droite ou encore sur le plafond pour faire réfléchir la lumière.
Sur mes dernières images, je l’utilise en déporté, à distance pour créer une source lumineuse évidente dans mon image. C’est capital pour moi car cette source est très souvent le point de départ de lecture de l’image vers lequel j’essaye d’emmener le spectateur.
Ce qui est intéressant avec cette technique c’est que l’on peut créer une source de lumière là ou l’on veut. Pour un fainéant comme moi qui fait le plus souvent ses prises de vue en intérieur, c’est parfait.
Je ne cacherais quand même pas qu’il y a une grosse part de retouche numérique par la suite.
Tu peux nous parler du matériel utilisé ?
Coté équipement, je possède un reflex numérique Nikon D80, équipé la plupart du temps d’un objectif trans-standard AFS Nikkor 18-70 – 3,5-4,5.
J’ai également un 50mm que j’utilise assez peu.
Coté lumière, c’est un flash SB600. Je dois dire que cette association me satisfait bien pour le moment.
Que dire de la gestion de la lumière ? A vrai dire, c’est très souvent au feeling.
Je fais beaucoup de prises de vue et quand le résultat au dos de l’APN me plaît, je m’arrête, je transfère sur mon ordinateur et c’est partit pour le montage.
Je ne cherche pas à tout prix l’effet de style qui marquera techniquement mon image.
D’une part parce que je ne sais pas faire et d’autre part parce que je cherche à interpeller autrement avec une lumière au service de l’image.

Toujours un gros travail de post traitement sur tes photos , avec quels logiciels travailles-tu principalement ?
En effet, le post traitement représente la plus grosse partie de mon travail.
C’est aussi le plus amusant. Le plus excitant étant la phase de recherche d’idées.
Bref, revenons à la question ! Je travaille exclusivement sous Photoshop CS4 pour le montage de l’image et c’est déjà pas mal parce que je suis très loin d’avoir exploré toutes les possibilités et pourtant croyez bien que j’y passe pas mal de temps.
Détourage, colorimétrie, assemblages, « effets spéciaux » réalisés à l’aide de tutoriels trouvés sur Internet sont une partie des options que j’utilise. Ensuite je retravaille la lumière sous Lightroom2 la plupart du temps.
Quel genre de photos préfères-tu faire ?
Ce sont les photos montages, un peu surréalistes qui racontent une histoire.
J’essaye de faire d’une scène qui peu sembler banale ou anodine à première vue, une histoire qui ne laissera pas le spectateur indifférent… je dis bien « j’essaye » parce que je n’arrive pas toujours au résultat escompté.
J’essaye également de faire appel à une part de rêve que nous avons tous en nous et qui va interpeller le spectateur. Enfin, j’essaye de rester simple et de ne pas compliquer le montage ni la lecture.
Un dernier mot peut-être, il y a souvent de la mélancolie dans mes images parce que c’est un sentiment qui m’inspire plus et que je trouve moins difficile à susciter que le rire par exemple.
Quels sont les photographes, ou plus généralement les artistes, qui t’inspirent le plus ?
Honnêtement, je ne connais pas vraiment la photographie, d’ailleurs mon travail photographique s’arrête à de simples prises de vue.
Par contre, j’ai toujours dessiné, fait de la peinture, exploré mon coté créatif depuis tout petit et j’ai fini par découvrir l’histoire de l’art par le biais d’un professeur passionné durant mes années de lycée.
Beaucoup d’artistes en tout genre m’inspirent. Pour n’en citer que quelques-uns : René Magritte, Salvador Dali, Paul Auster, Marc Antoine Mathieu, Véronique Sanson et puis des « rêveurs d’images » pour reprendre l’expression d’Alastair Magnaldo : Ben Goossens, Erik Johansson, Peter Cakovsky.
Ta belle inspiration…où la puises-tu ?
On dit que les images témoignent de l’état d’esprit dans lequel on se trouve au moment où on les crée.
Elles sont liées à une humeur, qui, elle même étant liée à un livre que l’on vient de lire ou à de la musique que l’on vient d’écouter, est par définition changeante.
C’est de là que vient l’inspiration, de l’humeur du moment donc tout est source d’inspiration.
Certains ont qualifié ma galerie « d’inventaire à la Prévert ». Pourquoi pas ! Mais à bien y réfléchir, je préfère quand même voir un lien entre toutes mes images et dire qu’elles racontent une histoire.
Toutefois, je ne nie pas le caractère désordonné (plus qu’aléatoire) de mes créations.
Malgré tout, certaines thématiques m’intéressent plus que d’autres, pour l’instant du moins, telle que la place de l’homme dans la société ou son impact sur l’environnement.
Des projets en cours ?
J’aimerais réaliser une série de photos sur la ville de Paris et de façon plus générale je cherche un concept pour allier photos et voyages… je n’ai pas encore trouvé, je cherche mais je suis long à la détente.
Je viens de lancer un site internet et je vais participer à des concours pour présenter mon travail et essayer de le faire reconnaître, qui sait !
Je vais aussi profiter de l’occasion pour dire que j’aimerais faire une exposition ! Où ? Quand ? Comment ? Je n’en sais rien du tout mais je suis ouvert à toutes propositions.
Choisis une photo de ton book que tu aimerais nous commenter
Je vais choisir « Celui qui n’essaye pas ne se trompe qu’une seule fois… ».

Je trouve qu’elle est représentative de ce que je cherche à montrer dans mes images, à savoir « une histoire ».
Cependant, j’aime penser qu’il n’est nul besoin de chercher la véritable explication à toutes les images.
Bien évidemment, je souhaite que mes images parlent d’elles-mêmes.
Par contre, je crois qu’elles sont toujours empruntent d’une part de ma personnalité qui vous échappera, et tant mieux finalement, parce que je n’ai pas envie de me retrouver entièrement à nu.
J’ai réalisé l’image en question à l’époque de la polémique sur les « ROMs » : on pourrait donc y lire l’histoire d’un homme fuyant son pays (symbolisé par ce tiroir sombre), tentant de se diriger vers une terre promise (symbolisée par la pomme dorée) mais qui lutte pour y arriver (lutte symbolisée par le bateau de papier voguant avec peine sur du sable). Cependant, à cette même époque, j’ai également décidé de partir vivre à l’étranger avec ma famille, après moult tergiversations, et le titre de l’image en est le reflet (lire également les paroles de la chanson portant ce même titre).
1. Sur cette photo quel est le matériel utilisé et quel est le schéma d’éclairage choisi ?
J’ai utilisé mon Nikon D80 équipé de son fidèle trans-standard AFS Nikkor 18-70 – 3,5-4,5.
Chacun des éléments de l’image a été flashé avec une lumière venant de la gauche : soit naturellement en extérieur (le mur et le personnage), soit en faisant rebondir le flash vers un mur blanc.
Il y a ensuite quelques gradients Photoshop.
2. Quels sont les réglages de ton appareil photo et de tes flashs et pourquoi avoir choisi ces réglages en particulier ?
Désolé mais je n’ai pas la moindre idée des réglages utilisés.
Je fonctionne souvent au feeling, je fais beaucoup de prises et je n’y connais en fait rien à la science des réglages.
La seule chose que je souhaitais pour cette image, c’était une source de lumière éclairant la scène comme un rayon de soleil filtré à travers un trou dans le but de confiner l’espace, un peu comme si le tiroir était lui-même à l’intérieur d’un autre tiroir.
3. Quelles difficultés as-tu rencontrées pour faire cette photo ?
A vrai dire, les mêmes difficultés que pour la plupart de mes images, à savoir : comment bien assembler toutes les photos et comment modifier leur éclairage ainsi que leur colorimétrie pour rendre l’ensemble cohérent ?
Cela prend beaucoup de temps et j’avoue passer de mauvais moments parfois quand je me rends compte qu’un tel élément ne s’accorde pas du tout avec tel autre élément.
4. Peux-tu nous parler du traitement apporté en postproduction sans pour autant nous dévoiler tes secrets ?
Si secret il y a, ce n’est certainement pas dans la technique.
Je pense que n’importe qui peut trouver un tutoriel intéressant et bien fait sur Internet (même si il est vrai qu’un bon tri est souvent nécessaire).
Il faut surtout de l’envie, du temps et de la patience. Le secret se résumerait donc à ca pour moi !
Et puis je pense aussi qu’avant de se lancer dans la postproduction, il faut bien réfléchir à ce vers quoi on veut se diriger pour rester cohérent : personnellement, je dessine mes idées au préalable…j’imagine les couleurs, les lumières… c’est un processus assez long.
5. Si tu devais analyser cette photo d’un œil extérieur et critique, quel serait ton ressenti aujourd’hui ?
Je me remets facilement dans l’état d’esprit du moment où je l’ai construite, c’est donc difficile pour moi de prendre du recul et d’analyser cette image.
Néanmoins, je remarque toujours plein de défauts après coup et puis je suis souvent assez éloigné de l’idée de départ (même si j’ai passé beaucoup de temps à la penser, c’est souvent moins sombre et moins grave que l’idée originelle).
Par contre, au niveau de la composition, j’ai rarement envie de changer les choses.
En fait, j’ai envie de vous retourner la question maintenant que je vous en ai donné l’explication, donc : que pensez-vous de cette image ? Quelle histoire vous raconte t-elle ?
On dit qu’on en apprend souvent beaucoup sur soi-même au travers du discours des autres, pas vrai ?
Quels sont tes conseils à tous ceux qui débutent dans la photographie ?
Amusez-vous, garder votre âme d’enfant et la créativité qui va avec…c’est ainsi que vous changerez votre regard et celui des autres sur le monde et que vous resterez libres.
Un dernier mot pour la fin….
Merci de vous être intéressé à mon travail, merci pour l’entrevue et merci de m’avoir lu.
Je vais quand même essayer de finir sur une phrase ‘choc’ comme cela se fait de temps en temps.
Un ami m’a un jour dit : « arrête de rêver ta vie et vis tes rêves »… je crois bien qu’il a raison !
Merci Baptiste, pour tes belles images, et pour tes réponses pleine de philosophie et de poésie (et de mystère un peu aussi
).
On te souhaite bon vent pour tes projets futurs!….

Soyez sages 
Pitch’